
Ce forum est dédié aux artistes du cheval. Cavaliers, peintres, sculpteurs, photographes... Tous réunis autour d'une même passion : le cheval |
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CENTAURE

 Age : 36 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 982 Localisation : IDF et ailleurs
 | Sujet: Serenata, ma belle... Mar 18 Mar - 20:52 | |
| Je ne sais pas trop si je dois... Cette histoire me déchire encore comme elle le fera toujours, elle a changé ma vie. Je l'évoque sans jamais vraiment en parler sans fondre en larmes comme une môme... Une dame a eu le privilège d'en avoir la primeur, une grande dame de cœur, qui m'a séduite et écouté, qui m'a compris sans juger, une amazone, une mère. Merci Marie-Hélène pour cela A vous maintenant de partager cette blessure ouverte et vive qui raye mon âme depuis tant de temps, je sais que je peux... Il y a longtemps que je cherchais quelqu'un qui pourrait comprendre et écouter mon histoire avec Serenata, la jument qui a changé ma vie. Ce n'est pas une histoire drôle ni gaie, pas une histoire qui finit bien, mais c'est notre histoire et mon âme, mon corps, ne l'oublieront jamais... Serenata était une splendide jument lusitanienne, grise, une beauté aussi grande que douce. Une grande dame ! Souvent même, je la vouvoyais... J'avais la vingtaine, elle en avait 15. Elle était ma favorite dans l'écurie dans laquelle je travaillais à l'époque, en tant que soigneur, et j'avais l'autorisation de monter souvent, et c'était presque toujours elle avec qui je dansais en carrière, en manège ou en sortie... Car Serenata ne marchait pas au pas, ni au trot et au galop, elle dansait... Sa queue, toujours, comme une jolie manie, fouettant mollement mais en cadence le flanc gauche, puis le droit. Je montais régulièrement plutôt le soir, après le départ des derniers visiteurs et cavaliers, et je prenais mon temps, surtout lorsque je n'étais pas de "corvée" de repas. Je la faisais belle ma Sérénette, des pieds à la tête. Sa belle tête aux grands yeux si doux... Ce soir là, le moniteur et une amie à moi avaient décidés de m'accompagner en ballade. J'étais ravie car nous rigolions beaucoup ensemble et chaque ballade était un pur moment de bonheur, loin de la sciure du grand manège couvert et des carrières. _________________ Equus Focus, la retouche photo du cheval Cheval en Perles, le bijou pour cheval (Frontaux et colliers)
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|  | | CENTAURE

 Age : 36 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 982 Localisation : IDF et ailleurs
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mar 18 Mar - 20:53 | |
| Nous avons pris le même chemin que d'habitude, rien d'extravagant, la routine à quelque chose près. Alain devant sur Gino, Catherine derrière sur Goron et Serenata et moi, au milieu. C'est la place qu'elle affectionnait, un cul devant, vue de derrière... Même si derrière, Goron était entier ! Monsieur savait se tenir. Le parcourt n'avait rien d'athlétique et nous marchions presque nonchalamment en rigolant, écoutant les oiseaux se coucher et le pas de nos chevaux. Aucune tension, aucune crainte, le bonheur... Je me rappelle même avoir respiré l'odeur des genets... Il y en avait partout en ce début d'été. Nous arrivions tout près du petit pont, le petit pont de pierre sans parapet qui enjambait un ruisseau de ronciers et d'arbustes. On y passait presque tous les jours. Ce jour là aussi Gino s'engagea dessus sans hésitation et Seranata suivit. Elle suivit, marcha dessus et... Et ? Je n'ai jamais vraiment su ce qui s'est passé, mes compagnons non plus, du moins pas tout de suite, plus tard, mais ça a tout changé dans ma vie, tout. Seranata a bronché et a soufflé très fort et ça m'a fait sursauter. Je l'ai vu tourner ses oreilles vers moi et l'ai senti se tendre. Tu m'avertissais de quoi, ma belle ? J'ai posé ma main sur son encolure, sous sa belle crinière d'ibérique, là où c'est chaud et un peu humide, pour la rassurer de cette soudaine et, semble-t'il, irraisonnée terreur. Elle a explosé, littéralement, comme si deux couteaux lui avaient lardé les flancs, comme si je venais de lui asséner un terrible coup de cravache. Elle a poussé une sorte de grondement, je l'ai ressenti entre mes jambes... Elle s'est pointé très haut mais s'est assise sur ses fesses presque de suite. Elle est plutôt tombée violemment sur les jarrets... Moi, je n'ai pu que m'accrocher à ses crins et voir, voir tout ce qui se passait autour de nous deux. Alain qui nous regardait avec une sorte d'étonnement, Catherine qui ouvrait de grands yeux, le lit du vieux ruisseau, ses ronces, ses cailloux, le bord du pont... L'encolure de Serenata m'a frappée sur la pommette et j'ai vu 36 chandelles, je l'ai senti se soulever de l'avant, entendu le bruit de ses fers sur la pierre et nous sommes tombées en arrière, dans le lit du ruisseau vide d'eau. _________________ Equus Focus, la retouche photo du cheval Cheval en Perles, le bijou pour cheval (Frontaux et colliers)
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 Age : 36 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 982 Localisation : IDF et ailleurs
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mar 18 Mar - 20:53 | |
| Le choc a été terrible et le bruit de branche qui craque que j'entendis lorsque ses 560 kg m'écrasèrent ne fut pas celui des petits arbustes poussant là. Non, c'était mon bassin qui venait de se briser. La douleur ne fut pas immédiate, comme si le cerveau avait..."déconnecté". Mais lorsqu'elle vînt, ce fut l'enfer, une douleur comme jamais je n'en avais connu, comme jamais je n'aurais imaginé qu'il puisse en exister de pareille, une douleur à en mourir... La vrille qui vous emporte dans une sorte de trou noir... Lorsque je revins à moi, Alain était à ma tête, le visage défait, il me claquait doucement la joue. L'autre était en sang. Catherine tenait les deux autres chevaux, et sa tête ressemblait à un masque tant elle était horrifiée. C'est alors que je l'ai vu Elle, sa tête, ses yeux, ses yeux... J'ai cru que j'allais hurler mais je n'arrivais qu'à peine à respirer. Serenata était sur moi, ses épaules un peu en bas du niveau des miennes, de trois quart sur le dos et coincée par la paroi de pierres de l'entrée du tablier du pont. Son corps m'écrasait du thorax jusqu'aux jambes... Et elle me regardait en soufflant comme une forge, l'air de ses naseaux soulevant de petits nuages de poussière. Ses yeux avaient une expression atroce, un regard qui me hantera toute ma vie, il exprimait tout, l'horreur, la douleur, l'étonnement, et une sorte de fureur, de folie, mais une infinie bonté. Et ce regard me fixait avec une intensité presque transperçante. Je sentais les battements puissants de son cœur à travers la selle, tout son grand corps palpitait contre le mien meurtri, brisé, écrasé. Et chacune de ses inspirations bruyantes me causaient une torture infernale. J'ai senti des larmes sur mes joues, j'y voyais trouble et je l'ai appelé. Il y a des choses dont je ne me souviens plus car j'ai perdu plusieurs fois connaissance, on me les a raconté. Ma Serenata a bougé l'oreille et ses yeux révulsés ont papilloté... J'ai entendu ses dents crisser sur ses mors et, ho non ma belle ! elle a tenté de se lever !! Ôter son corps de mon pauvre corps au supplice, me libérer de son poids, ne plus me faire mal. Elle savait, elle savait qu'elle me tuait tout doucement... Autres craquements. Le feu, l'enfer, le noir... Mes côtes, 4, avaient cédé. Un maigre rempart rompu entre mes poumons et ma jument. Je ne respirais que par à coups, lorsqu'elle expirait. Nous avions été unies; ho, pas tout à fait centaure, ce n'était pas ma jument et d'autres corps dansaient avec elle; dans le bonheur et la joie, nous l'étions aujourd'hui dans la chair et le sang, télépatiquement, collées l'une à l'autre dans une étreinte étrange. Alain me parlait, il avait désanglé Serenata, lui avait ôté sa bride. Il avait appelé l'écurie, les pompiers, les secours, le vétérinaire. On allait venir nous aider, nous sauver. Ma Serenata clignait des yeux, respirait plus lentement, moins puissamment, comme si elle voulait m'écraser le moins possible. Elle ne bougeait plus, seuls ses naseaux frémissaient, sentant des odeurs inconnues de mes narines, mon odeur sans doute devenue étrange, lourde de peur, de douleur et plus...organique, celles de mes entrailles qui s'étaient vidées... J'ai péniblement remonté ma main vers sa bouche pour lui toucher la peau, sa peau de velours. Elle a alors poussé un presque inaudible soupir rauque et j'ai éclaté en sanglots, des sanglots d'autant plus pénibles qu'ils étaient terriblement douloureux. L'endroit où nous nous trouvions étaient inaccessible en camion, et la voiture qui transporta l'équipe de secours mis plus de 20 minutes à venir. Il y avait déjà dix minutes que j'étais sous Serenata couchée presque sur le dos... _________________ Equus Focus, la retouche photo du cheval Cheval en Perles, le bijou pour cheval (Frontaux et colliers)
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|  | | CENTAURE

 Age : 36 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 982 Localisation : IDF et ailleurs
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mar 18 Mar - 20:54 | |
| J'eus droit à toutes les questions possibles : "Vous avez mal ? Où ? Sentez-vous vos jambes ? Vos doigts ? Vous pouvez bouger vos doigts ?... Masque à oxygène, fini le parfum lourd de la terre et des végétaux. On piquait mon bras, on s'agitait, on commençait à s'inquiéter beaucoup sur mon sort. Mes lèvres avaient viré au violet noirâtre et mon visage au blanc vampire. Je ne gardais les yeux ouvert que pour regarder Serenata, qui me regardait, avec le désespoir du monde. Allons nous mourir là, ma belle ? Il fait si beau ! Il y a eu du vent, oui, un vent violent qui se levait et Serenata bougea un peu. Ils l'avaient calmée, elle aussi, par intra-veineuse et les sangles qu'on lui passa autour du corps ne lui firent pas peur. Je n'entendais plus ce qu'on me criait et la tête de Serenata se leva mais cela ne me fit pas mal. On la soulevait, l'ôtait de moi et elle se souleva doucement. La douleur afflua de nouveau comme une attaque sauvage de poignards. Il parait que j'ai crié, plutôt vagi comme un bébé, les poumons libérés. Serenata avait encore les postérieurs à terre et je vis ses blessures à elle alors que l'hélicoptère la soulevait peu à peu pour la sortir du "trou" dans lequel elle nous avait entrainées. Ses membres surtout étaient vilainement entaillés car elle s'était, rien qu'au début, fortement débattue pour se remettre debout. Et elle me regardait toujours. Je ne peux oublier tous ses regards, des yeux qui hurlaient une détresse, une inquiétude... terribles, on aurait presque dit les yeux d'une mère qui voit son bébé se noyer, mourir, se le reprocher, mais sans pouvoir faire quoi que ce soit pour changer les choses. Mais il y avait autre chose. Autre chose que je compris comme "Excuse moi"... C'est anthropomorphique, peut-être, mais c'est pourtant bien ce que j'ai ressenti au plus profond de moi. On m'a raconté la suite car, à part le vacarme terrible des pales au dessus de moi, je n'entendis ni ne vis plus rien. Si, le ciel et un visage... Lorsque "ils" sont descendus pour me transférer dans la nacelle hélitreuillée, dans une sorte de sarcophage gonflé, immobilisée de la tête aux pieds et bien Serenata s'est mise à pousser des cris étranges. Alain me dit qu'il ne l'avait jamais entendu faire ce genre de "bruits". C'était comme si elle avait changé de voix. Malgré ses membres sérieusement blessés, elle s'agita comme une diablesse et lorsque je me suis élevée dans les airs, inconsciente, elle a hurlé. Le terme est exact. Un pompier a même cru que c'était moi qui hurlait de douleur... avec plusieurs octaves de plus... Voilà, le reste je ne m'en souviens plus. Le résultat de cette "mésaventure" : le bassin brisé à trois endroits dont une brisure à quelques petits centimètres du rachis, 4 côtes cassées, le poumon droit perforé et de multiples lésions et contusions. Pour Serenata, un sabot arraché sur sa presque totalité, les deux jarrets méchamment entaillés, le calcanéum droit cassé et l'autre félé. Et un changement total de sa personnalité. Serenata n'était plus Serenata, Sérénette. Serenata était partie. Elle ne quittait plus son box, ne voulait plus le quitter, elle refusa de manger et même de boire pendant près de 15 jours à tel point qu'il fallu la mettre sous perfusion... Son regard s'était éteint, vide, ses lèvres pendaient mollement, laide, elle était devenue laide... C'est son propriétaire, le "patron de l'écurie" qui me le rapporta, et moi, clouée dans mon lit d'hôpital, j'en crevais un peu plus chaque jours. Après examen, le vétérinaire nous révéla la possible raison de la soudaine "folie" de Serenata au passage de ce maudit petit pont. Une attaque cérébrale... Sans séquelles graves, à part cette... mort de l'âme qui laissait son corps sans autre vie que l'organique. Ma Serenata avait été trahie par son corps, et dans sa tête à elle, elle avait trahi le mien. Oui, elle se laissait mourir de remords, de reproches, de chagrin... Ma convalescence dura... un ans et demi, dont 3 mois d'hôpital pour complications rénales et pulmonaires. J'avais du sang dans les urines et crachais également du sang... Les détails, je vous les épargne, je me les épargne surtout... C'est dans cette période de ma vie de cavalière professionnelle que je me suis mise à peindre. Peindre comme une folle, dessiner, peindre encore et encore, jour et nuit. Des chevaux. Sur mon fauteuil, ce maudit fauteuil qui puait le plastique et qui grinçait comme un vieux lit, j'ai peint et dessiné un troupeau de million de chevaux. Un détail les caractérisait tous, tous. Leurs yeux. C'était les yeux de Serenata lorsqu'elle me regardait, couchée sur moi... Ils me hantaient... _________________ Equus Focus, la retouche photo du cheval Cheval en Perles, le bijou pour cheval (Frontaux et colliers)
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|  | | CENTAURE

 Age : 36 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 982 Localisation : IDF et ailleurs
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mar 18 Mar - 20:54 | |
| C'est à ma sortie de l'hôpital que j'exigeais à grande force que l'on m'emmène voir Serenata dont on me donnait que très peu de nouvelles et, surtout, très succinctes... Lorsque je l'ai vu, dans son box, mes jambes m'ont lâché et je suis tombée à genou. On a ouvert la porte... et tous, je m'en souviens, papa, maman, Alain, mon ami moniteur, mon amie Catherine, monsieur De Rueda, son propriétaire, et sa femme, tous, nous avons assisté à un miracle. Serenata était méconnaissable, un squelette de cheval recouvert de peau grisâtre et terne, un fantôme. Je me souviens avoir éclaté en sanglots et gémis d'horreur. Ses blessures avaient marqué sa peau, son sabot avait repoussé. Elle ne ressemblait à plus rien de la magnifique lusitanienne qu'elle était... Mais lorsqu'elle m'a vu, ça été comme un tour de passe-passe, magique. Les oreilles tombantes se sont redressées, l'encolure s'est levée, le dos est monté et son visage, car je ne peux appeler sa tête autrement, a semblé, s'est éclairé. Sa bouche et ses naseaux mous se sont tendus sur un doux et faible hennissement, et ses yeux, vides, sombres, ont soudainement brillé, retrouvant un éclat immédiat. Ses yeux brillaient comme des bougies ! Je n'ai jamais vu un cheval pleurer de joie, je ne savais pas non plus si c'était possible, ce jour là j'y ai cru... Et elle est venu vers moi, elle boitait bas et elle boitera toujours. Je l'ai laissé faire, tétanisée d'émotion, et elle a passé sa tête par dessus mon épaule et m'a attiré contre son poitrail en la ramenant doucement vers elle. Et alors, je l'ai enlacée comme une amie. Monsieur De Rueda lui aussi a pleuré comme un enfant, je le revois encore, pauvre homme, appuyé sur le mur de l'écurie d'une main, se triturant le visage de l'autre, les épaules soulevées de spasmes saccadés, n'osant même pas s'approcher et caresser sa jument qui venait de renaître à la vie. Car c'était ça, Serenata revivait. En 3 mois, Serenata, avait atteint le point 0 sur l'échelle d'indices d'état de chair, elle ne pesait plus que 300 kg ! Ses longs crins étaient tombés et il ne restait plus que quelques épis sur cette lame qui lui servait d'encolure... Elle ne remangeait, seule, car on avait été contraint de la gaver à la main, que depuis la veille de ma visite... Encore un miracle. L'abattre ? Oui, sans doute cela leur a-t'il effleuré l'esprit, mais Monsieur De Rueda ne l'a pas fait. Il ne pouvait pas. Par lâcheté sans doute, ou par espoir... Chacun tirera de cette histoire ce qu'il en voudra, mais la seule conclusion que j'en ai tiré moi, pour l'avoir intensément vécue, c'est que les chevaux ont une âme. Une vraie et sont capables de plus d'émotions que celles que beaucoup leur attribuent. Serenata a su que son malaise avait causé un accident grave, très grave, elle a comprit qu'elle pouvait me tuer, elle en a été si horrifiée que ça a faillit la tuer aussi... Cette jument n'a jamais été à moi, sur papier en tout cas mais notre amour n'a fait que grandir au fil des jours où j'allais la voir. Elle reprit peu à peu du poids, son poil reprit les beaux reflets d'argent d'avant, sa crinière repoussa et elle redevint en quelques mois la belle lusitanienne qu'elle était. Elle ne dansait plus comme avant, elle ne dansa plus du tout même car elle refusa catégoriquement d'être montée. Par personne. Malgré les interdictions du médecin, j'essayais moi même un jour, à cru, peau à peau, elle s'y opposa avec une sorte de fermeté douce, comme pour me dire "non, je ne veux plus faire de mal à personne". Elle me repoussa du nez, s'écarta, déroba sans aucune agressivité. On insista pas, elle poulinerait, voilà tout. Mais aucun poulain ne voulu grandir dans son ventre. Alors, et bien, elle vivrait d'amour et d'eau fraîche et ce fut cela jusqu'à son départ définitif pour la Grande Prairie Céleste. Elle mourut à l'âge respectable de 25 ans, sans bruit, dans son box, une nuit de printemps. Sans spectateur, elle tira sa dernière révérence. Moi, ce jour-là, je n'ai pas pu pleurer lorsque monsieur De Rueda m'a appelé pour me le dire. Lui, il en hoquetait. Voilà ma belle, tu es partie sans dire au revoir à personne. Tu étais venue au monde comme ça, seule avec ta maman dans un pré sec du Portugal. Je ne t'en veux pas, ma belle, je ne t'en voudrais jamais pour ce bassin qui me fera toujours souffrir et qui me fait marcher un peu chaloupé et pour tout le reste. Non, il ne reste de ton souvenir que mon amour pour toi et ta bonté, quelques photos, je ne suis pas une collectionneuse de photos souvenirs, mes images je les ai dans le cœur. Ma carrière équestre s'acheva là, après 7 ans de "labeur" auprès des chevaux. Grâce à ma belle Serenata, je ne suis plus cavalière professionnelle mais cavalière toujours, et sur Mes chevaux. Je suis peintre, peintre de chevaux et même maintenant, je n'arrive pas à faire autrement, c'est l'œil de Serenata qui éclaire les têtes de tous mes chevaux...
C'est bourré de fautes d'orthographe car tapé dans les larmes, c'est plus émotionnel que littéraire mais c'est mon vécu. Peut-être trouverais-je un jour le courage d'écrire notre histoire plus en détails, du début jusqu'à la fin.
 _________________ Equus Focus, la retouche photo du cheval Cheval en Perles, le bijou pour cheval (Frontaux et colliers)
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|  | | Ticia Admin

 Age : 31 Inscrit le : 02 Fév 2008 Messages : 1483 Localisation : saint maur (94)
 | |  | | Ben co-administrateur

 Age : 33 Inscrit le : 03 Fév 2008 Messages : 1851
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mar 18 Mar - 23:54 | |
| Je ne sais pas trop quoi dire... ton histoire est à la foi terrifiante et émouvante. C'est dur et violent et en même temps tellement dans l'amour et la complicité. J'imagine aisément que c'est quelque chose qui change quelqu'un, peut être une chance si j'ose dire. Je ne sais pas.
Merci de nous faire partager cette émotion. Il est certain que l'on voit tes chevaux sur le papier différemment aussi. Comme une sorte de révélation.
(bon et puis maintenant, ça suffit les émotions... on va p'tre attendre un peu hein...) _________________ Tant de choses entr'aperçues ne seront jamais vues
http://www.artcheval.com |
|  | | Claudia Duffé

 Age : 41 Inscrit le : 16 Mar 2008 Messages : 2066 Localisation : Les Mathes, Charente Maritime
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mer 19 Mar - 8:06 | |
| Je ne peux dire avec des mots, se que je ressent! J'ai beaucoup pleuré, tellement c'est émouvant! Et je te remercie de ta confiance que tu nous acorde, pour nous faire partage TON histoire a toi. J'ai un autre regarde sur toi et tes chevaux que tu peins. Je te trouvé parfois un peut dur et limite agressive et je ne comprenait pas toujours tes réactions. Mais je cherché a comprende a travers nos dialogue. Ta vecue des moments très difficile et tu t'anez sortie! T'es très forte et je beaucoup d'estime pour toi! Continue a nous faire des belles oeuvrs pleine de savoir , de vecue et d'emotion! Bravo Miss! _________________ [url]palmyre-equimage[/url] http://palmyre-equimage.blogspot.com/ |
|  | | Agathe

 Age : 29 Inscrit le : 07 Fév 2008 Messages : 306 Localisation : Cannes
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mer 19 Mar - 9:41 | |
| Je l'avais déjà lue sur le site de Marie-Hélène, je l'ai relue à nouveau, et l'effet est le même : me voici avec de l'eau plein les yeux devant mon écran. Ton histoire est très touchante, très dure aussi, et l'amour que te portai cette jument très émouvant. Je ne peux rien ajouter de plus, trop d'émotion. _________________
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|  | | CENTAURE

 Age : 36 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 982 Localisation : IDF et ailleurs
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Mer 19 Mar - 10:39 | |
| Je ne sais pas quoi dire... M'être ainsi ouverte à vous est une épreuve. Je suis si intimiste, ne dévoilant rien, ni de ma vie, ni de mon quotidien. Secrète et mystérieuse ? Oui, sans doute car une certaine popularité m'a fait souffrir... Je protège mes chevaux comme un dragon son trésor, ma vie privée également. Mais cette histoire me pèse tant, elle est pourtant là racontée si simplement...
MERCI à vous, ça fait du bien.
Oui Claudia, on m'a souvent mis une étiquette d'agressive, ce n'est pourtant pas le cas !! Mais je dis tout net ce que je ressens et pense, un peu comme un cheval sauvage  _________________ Equus Focus, la retouche photo du cheval Cheval en Perles, le bijou pour cheval (Frontaux et colliers)
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|  | | LA FOURMI

 Age : 24 Inscrit le : 04 Fév 2008 Messages : 135 Localisation : c'est trop compliqué à situer, en gros dans le 44...
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Sam 29 Mar - 21:18 | |
| Ton histoire, j'en ai eu quelques bribes... Contrairement aux filles du forum, pleurer devant mon écran j'en suis incapable. Pleurer tout court d'ailleurs ou très rarement, généralement quand je suis à 3 grammes d'alcool (mais ça c'est plutôt rare, chuis plutôt à 2,5).
Mais ton histoire me touche, et dans un petit coin de mon muscle cardiaque ça fait "bing bing"...
Je ne pleure donc pas en lisant ton histoire mais je n'en suis pas moins affectée. Ta Serenata, je pense, était plus qu'un cheval, mais une amie, une partenaire complice. D'elle, même si elle n'est plus-là, tu gardes des souvenirs, des sensations, des odeurs (qui te revienne en d'étrange flash-back agréable ou violent). Serenata elle fait partie de toi et ça, ça se respecte. 
 _________________ Les femmes au fourneau, les hommes au zoo et les fourmis au pouvoir ... blog : http://charly-debray.over-blog.fr |
|  | | Dame Dom

 Inscrit le : 03 Fév 2008 Messages : 804 Localisation : val de marne
 | Sujet: Re: Serenata, ma belle... Dim 30 Mar - 9:37 | |
| Comme toujours Centaure ton ecriture me touche et l histoire qu elle raconte encore bien plus!!!Bouleversee et en larmes devant mon clavier comme une idiote Je t admire et te remùercie de nous faire confiance au point de nous confier un peu de ton ame, je prends cela comme un cadeau ,moi qui suit si bien placee pour savoir a quel point c est difficile de lacher prise et de montrer ses blessures du coeur Merci a toi  |
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